Interview Jean Nicolas Nabet, fondateur et CEO de YEAP

Interview Jean Nicolas Nabet YEAP Paye

Pouvez-vous nous raconter votre parcours professionnel ?
Je crée des logiciels de paie depuis 30 ans, 17 années chez Micromégas (paie Pegase), 10 années chez Ibiza et déjà plus de 2 chez YEAP. Mon métier a toujours été de concevoir des logiciels de paie. C’est aussi une histoire familiale, la société Micromegas a été fondée par mon oncle Alain Vander Ham, son frère Jean-Pierre était pour sa part le directeur commercial de la société AMI, le grand façonnier de la paie dans les années 80. Dans la famille on a tendance à dire que la paie est héréditaire, et jubilatoire, contrairement à ce que pensent la plupart des gens, la paie peut être fun.

Pourquoi avoir choisi de créer un nouveau logiciel de paie ?
J’ai rencontré Lionel Gallo, expert-comptable en région Lyonnaise, entrepreneur et associé fondateur de YEAP. Nous trouvions que le marché était saturé, avec de grands éditeurs trop hégémoniques. Nous avons voulu créer une entreprise pour répondre à ce besoin d’indépendance de la profession. Besoin qui n’a fait que s’accroître avec les rachats successifs de ces dernières années, notamment par des fonds de pension Anglo-Saxon. L’idée est d’être un peu plus éthique dans les comportements, nous voulons nous différencier de l’approche purement économique que l’on rencontre parfois.

Bien sûr, tout cela n’aurait pas été possible sans cette équipe aux compétences exceptionnelles, qui me suit depuis des années.

Concrètement, en quoi YEAP se différencie-t-il de l’offre existante ?
Je vois trois différences majeures :

  • l’actionnariat
  • la technologie
  • le fonctionnel
    Tout d’abord, nous avons fait le choix de ne pas lever de fonds auprès d’investisseurs financiers traditionnels, et nous nous sommes plutôt tournés vers les experts-comptables. Nous avons fondé pour cela le GIE Yaka Yeap, véritable club des utilisateurs du service YEAP Paye, qui permet à la profession de nous soutenir et d’avoir en retour des remises sur leurs abonnements. Nos associés, également experts-comptables, sont plus attentifs à la qualité de nos logiciels qu’à notre EBE, et c’est un changement de paradigme fort.

Sur le plan technologique, nous avons une approche qui se veut « non dogmatique ». Nous nous autorisons à changer d’avis dans ce domaine, pour offrir les meilleures fonctionnalités et la meilleure expérience utilisateur possibles. Nous avons cette agilité car notre équipe met la technologie au service de l’outil et non l’inverse.

Sur le plan fonctionnel enfin, nous avons conçu un outil qui travaille « à l’envers » au regard de tous les autres. Comment cela ? Les solutions actuelles parlent d’automatisation lorsqu’elles sont capables d’envoyer automatiquement des paies ou des DSN. Mais la plus-value de l’automatisation n’est pas d’avoir une production silencieuse. Cette approche « boîte noire» ne nous satisfait pas. YEAP procède de façon différente, nos robots apportent une information enrichie et soigneusement sélectionnée au gestionnaire de paie, afin qu’il puisse piloter l’ensemble de ses dossiers depuis une console, et avoir une vision claire de ce qui nécessite son intervention selon le degré de criticité.

YEAP participe-t-elle à l’évolution vers le « gestionnaire de paie augmenté » ? De quelle façon ?
Notre objectif est de permettre au gestionnaire de paie de voir uniquement ce qui lui est utile. Le système lui indique les dossiers, les salariés, les bulletins qui nécessitent son attention. L’expertise et le temps du gestionnaire de paie sont précieux, nous lui permettons de les utiliser de la meilleure façon possible. Nous apportons aussi de la fiabilité et de la sérénité, en mettant fin à la crainte d’avoir manqué une information importante. Tous les évènements non prédictibles remontent automatiquement dans la console.

Quels changements les gestionnaires de paie peuvent attendre de YEAP Paye dans leur façon de travailler ?
Nous ne voulons pas réduire le gestionnaire à un simple opérateur de saisie. YEAP Paye s’adresse bien à des professionnels de la paie en capacité de comprendre et d’agir sur une problématique sociale.
Nous avons, en revanche, voulu inverser l’ordre habituel de fonctionnement des logiciels, nous proposons une production planifiée, silencieuse, et les outils de supervision nécessaires pour que le gestionnaire ait confiance dans l’outil et sache toujours sur quel dossier il doit prioritairement intervenir. Tout ceci nécessite de la confiance, elle ne se décrète pas, le temps permettra à chacun de renforcer ses convictions sur la qualité de nos concepts.

Quelle est votre vision de l’avenir du social en cabinet d’expertise comptable ?
Je suis convaincu que la concentration actuelle du secteur de l’expertise comptable va perdurer. YEAP s’adressera donc de plus en plus à des pôles de professionnels aguerris. Je crois également que les entreprises auront de plus en plus tendance à externaliser leur paie auprès des experts-comptables, à la condition que ceux-ci soient en mesure de se placer en véritables partenaires des services RH et du dirigeant. Pour cela, ils devront travailler en collaboration, en proposant des offres modulaires allant de l’externalisation à la mise à disposition de systèmes d’information inter opérants.

On voit aussi un mouvement de cabinets qui font évoluer leur offre de services en social, y compris auprès des TPE, comme le secrétariat social, ou l’accompagnement au recrutement, la formation, etc. Cela nécessite toutefois de faire monter ses équipes en compétences et d’allouer du temps à certains collaborateurs pour prospecter et réaliser ces missions.

Le gestionnaire de paie « augmenté » à toute sa place dans cette évolution, en se recentrant sur des tâches à plus forte valeur ajoutée.

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